Spécialités de médecine

Mission

La médecine interne est une spécialité centrée – comme son nom l'indique – vers l'intérieur du corps et des organes.

La discipline-mère a donné naissance, au cours des trois dernières décennies, à de multiples disciplines-filles, de la cardiologie à la rhumatologie, en passant par la néphrologie, l'endocrinologie, la gastroentérologie, la pneumologie, les maladies infectieuses, l'immunologie, l'oncologie, l'angiologie, l'hématologie, les maladies osseuses et la dermatologie. Ces disciplines-filles sont devenues des spécialités à part entière depuis plusieurs années et ont obtenu le même statut que la médecine interne elle-même, qui, pour affirmer son identité, se voyait souvent adjoindre dès lors le qualificatif de "générale".

Alors, la médecine interne, ce serait la somme de la cardiologie, de la rhumatologie, de la néphrologie, etc. ? Si c'était le cas, il n'y aurait plus d'interniste car aucun médecin sensé ne pourrait revendiquer aujourd'hui des connaissances aussi vastes et approfondies dans tous ces domaines. De fait, la médecine interne générale s'occupe de la plupart des maladies organiques non-chirurgicales de l'adulte… jusqu'au moment où le problème devient trop aigu, trop pointu, trop compliqué pour que sa prise en charge soit laissée au seul interniste généraliste.

Est-ce à dire que ce dernier n'a qu'un rôle de débrouillage initial ? Non, bien sûr, car à côté de ce tri essentiel, il lui appartient encore d'intégrer l'avis du spécialiste dans l'ensemble des problèmes du patient. Toujours plus âgé, le malade présente en effet de plus en plus de pathologies simultanées ("comorbidités") et l'anticoagulant prescrit par le cardiologue pourrait bien se révéler plus néfaste que bénéfique à tel malade aux antécédents digestifs, de même que l'hypotenseur ordonné par le néphrologue à tel autre malade présentant une insuffisance artérielle critique des membres inférieurs ou une sténose carotidienne sévère.

A côté de ce rôle intégratif, il appartient aussi à l'interniste, le plus souvent, de situer un problème aigu dans la durée. L'approche de l'interniste généraliste est donc non seulement holistique mais aussi longitudinale.

Celle de l'interniste spécialiste est davantage tournée vers les problèmes aigus et les questions techniques et ce dernier ne saurait prétendre maîtriser son propre domaine et celui de ses collègues internistes, généralistes ou spécialistes d'autres domaines.

Le spécialiste amène les dernières connaissances de sa spécialité auprès du patient, et dans les centres universitaires est capable de développer des programmes de recherche sophistiqués, soit cliniques, soit de laboratoire, qui permettront d'intégrer ces connaissances à travers la médecine translationnelle à la pratique. Il permet la création de centres universitaires de pointe permettant de recruter et soigner des maladies venant de loin, attirés par des centres hospitalo-universitaires ains créés.

Le spécialiste de médecine interne répond non seulement au généraliste et interniste mais aussi à d'autres spécialistes chirurgicaux ou d'organe. Il voit des malades hospitalisés dans tous les services de l'hôpital et aussi dans des consultations ambulatoies adressées par ses collègues. Il peut suivre avec de nouvelles techniques ou traitements des patients longitudinalement quand ils ont besoin d'un suivi régulier (ex. hémodialyse, transfusions régulières, traitements nouveaux et complexes en oncologie, rhumatologie, maladies infectieuses, etc). Ainsi le spécialiste a des tâches multiples, car il doit développer des programmes de recherche de pointe, obtenir des fonds, enseigner des nouveaux étudiants et former des nouveaux spécialistes, tout en soignant ses patients.

De la confrontation de ces deux approches devrait naître, pour le plus grand bénéfice du patient, des prises en charge collaboratives, au cours desquelles interniste généraliste et internistes spécialistes débattront et argumenteront en partenaires égaux d'une médecine de plus en plus basée sur les preuves (l'"evidence-based medicine" des anglo-saxons).

Le généraliste reproche souvent au spécialiste de ne regarder que par le petit bout de la lorgnette. Le spécialiste pense que le généraliste, à force de fixer le large, néglige les problèmes spécifiques du malade. Mais aujourd'hui les deux ont compris qu'il n'y a pas de mauvais bout de la lorgnette et que de regarder alternativement par chacun des deux bouts permet la prise en compte de perspectives différentes et complémentaires ! De cette symbiose née le meilleur et le futur de la médecine interne et de ses spécialités.

La grande force d'un hôpital universitaire est de pouvoir rassembler sur un même site, soit en ambulatoire, soit autour du lit du malade toutes les expertises des spécialistes pour les soins les plus sophistiqués ainsi que la recherche autour de nos malades.