Histoire

Textes: Suzy Soumaille Elbing - Graphisme: Claudine Kasper - Tiramisù
Iconographie: Diana Rutschmann. HUG 1998

Naissance de la Maternité en 1876 

L’obstétrique fait son entrée

L’Hôpital cantonal de Genève ouvre en 1856. Mais il faudra attendre 1874 pour que le service des accouchements soit séparé du service de chirurgie. Cette décision marque le début de l’histoire de la Maternité. Le Dr Louis Odier, chef du service de chirurgie, en assume la direction. Dans le rapport annuel de 1875 pour l’Administration, il décrit les nouvelles possibilités qui s’offrent désormais à l’Hôpital : 

" Des employés spéciaux ainsi qu’un matériel complet lui (à ce service) ont été octroyés. Nous n’avons plus voulu recevoir que les femmes en travail. Trois salles nous ont permis de séparer les suites de couches régulières de celles qui présentaient quelque chose d’anormal (....) Et quand on pensera qu’il nous a été possible de pratiquer même dans ce cas l’alternance des salles, que des femmes ont pu être changées complètement de linge jusqu’à huit fois par jour, que chaque malade a eu à son entrée un lit tout frais, que des infirmières supplémentaires ont été accordées dans les cas graves, que des consommés, des viandes saignantes, des vins généreux, du cognac, du rhum, du champagne ont été largement distribués, de suite après les couches, que des bains prolongés pendant plusieurs jours ont été donnés, on s’expliquera facilement les succès que nous avons obtenus, surtout dans un moment où tant d’accidents puerpéraux se faisaient douloureusement sentir en ville. Les nouveau-nés se sont également ressentis de ces améliorations : nous avons exigé que les mères les nourrissent, et nous avons surveillé l’allaitement la balance à la main, moyen héroïque qui permet toujours de savoir si la nourrice est bonne. "
"L’Administration nous a même procuré des chèvres, ce qui nous a permis d’avoir à toute heure du lait frais et chaud pour ceux de ces malheureux petits êtres qui ne pouvaient avoir du lait de leur mère"

Dr Louis Odier. Genève le 5 octobre 1876

Ancienne Maternité

Suppression des corporations religieuses

Dès 1868, on assiste à une forte réaction anticléricale sous le régime radical. Cette vague de contestation va donner lieu à un Arrêté législatif du 23 août 1875, qui sonnera le glas des corporations religieuses. Leurs biens finiront dans les caisses de l’État. Cependant, la loi prévoit qu’ils «resteront affectés à leur destination de charité, de bienfaisance et d’instruction publique». L’État de Genève confie à la Commission administrative de l’Hôpital Cantonal la gestion du bâtiment qui se trouve à l’actuelle rue Prévost-Martin.

Pour le professeur Alfred-Henri Vaucher, responsable alors de la nouvelle clinique médicale et chirurgicale, il apparaît indispensable de la compléter par une clinique obstétricale. En octobre 1876, il déclare dans une lettre «qu’il est matériellement impossible de trouver à l’Hôpital Cantonal les installations nécessaires pour ce service ». Il aura gain de cause...

Fin décembre 1876 s’ouvre, au chemin des Petits Philosophes, ce nouveau service d’obstétrique. Celui-ci prend place dans la maison de maître ayant appartenu aux congrégations catholiques. Une division de gynécologie avec des consultations gratuites est rapidement mise sur pied. Son but? Recevoir les femmes en couches, les patientes atteintes d’affections gynécologiques et les enfants souffrants de teigne.

La Maternité de Genève est née

L’État, bien que juridiquement propriétaire de la Maternité, délègue la gestion de cette dernière à l’Administration de l’Hôpital. Celle-ci déplore assez vite un manque de ressources doublé de déficits considérables dont elle a, en plus, la charge... A l’époque, le prix de revient de la journée de malade est systématiquement plus cher que celui de l’Hôpital. Entre 1881 et 1884, le coût de la journée à la Maternité tourne autour de Fr. 4.50 pendant que celui de l’Hôpital reste inférieur à Fr. 3.-. Cette situation paradoxale constitue une source de conflits importants entre la Commission de l’Hôpital et l’État de Genève pendant les dix premières années de la Maternité.

Historique Maternité

En 1885, afin d’apaiser les tensions, on nomme une directrice de la Maternité. La situation financière s’améliore, mais les tiraillements gênant le bon fonctionnement du service persistent.

A partir du 1er janvier 1896,l’administration de la Maternité est remise au Département du Commerce et de l’Industrie. Une solution définitive est enfin trouvée avec la « Loi générale sur l’organisation de l’assistance publique », votée en 1900. Chaque institution conserve dorénavant une large autonomie et garde la gestion de ses biens propres. Cette loi précise également le rôle de la Maternité: elle n’hospitalise plus que les femmes en couches et les femmes atteintes d’affections gynécologiques. 

Les mentalités évoluent

L’installation des services gynécologiques et obstétriques dans un bâtiment spécifique provoque à court terme une augmentation de sa fréquentation. Les femmes apprécient cette institution bien équipée et organisée. Le nombre des patientes hospitalisées s’accroît, passant de 242 en 1878 à 351 en 1884. Comme le rappellent Lorenza Bettoli et Viviane Luisier dans un ouvrage passionnant («Quand on a la santé, Genève 1900-1960», Musée d’ethnographie, 1995) :

"En Suisse, jusqu’à la fin du XIXe siècle, la majorité des accouchements se déroulaient à la maison avec l’aide d’une « matrone » dans les régions reculées, et, plus souvent, d’une sage-femme dans les villes. L’accouchement était autrefois très souvent suivi d’une issue fatale pour la mère jusqu’aux découvertes d’Ignace Semmelweis. En 1848, en effet, ce médecin découvre à Vienne l’origine de la fièvre puerpérale, qui fait tant de ravages et qui transforme les hôpitaux en mouroirs pour les femmes en couches. La mortalité baisse en flèche dès la fin du XIXe siècle avec l’introduction systématique de la désinfection et du lavage soigneux des mains, conséquence de la découverte des microbes par Louis Pasteur."

"Désormais, les jeux sont faits : dès la fin du XIXe siècle, la « matrone » cède la place à la sage-femme diplômée, l’obstétrique passe aux mains des médecins, et les accouche­ments se déplacent du domicile vers l’institution hospitalière. L’Hôpital est dès lors considéré comme un lieu où l’on soigne et qui offre enfin des chances de guérison. La conséquence de ce changement de mentalité se traduit par la construction de nouveaux bâtiments.