La spirale de l’angoisse

Philippe souffre d’attaques de panique et de crises d’angoisse depuis plusieurs années. Pour sortir de cette spirale, il suit le programme Troubles anxieux des HUG.

le programme Troubles anxieux des HUGEnfant, Philippe (prénom d'emprunt) a des maux de ventre lorsqu’il s’agit de partir en vacances. A la fin de l’adolescence, il fume quelques joints. « C’était festif au début. Puis,
j’avais l’impression que tout le monde me regardait. Je me sentais observé, angoissé et ai arrêté de fumer », dit-il. A 20 ans, le retour d’un séjour balnéaire en Espagne tourne au cauchemar. « Une angoisse m’a pris dans l’avion et j’ai vomi tout le long du retour. Par contre, plus je m’approchais de Genève et mieux je me sentais. » Trois éléments biographiques que Philippe, aujourd’hui trentenaire, identifie comme les prémisses des souffrances récurrentes endurées depuis lors.

Peur irrationnelle
« A 25 ans, je prends un appartement, trouve un emploi fixe et j’ai enfin une histoire d’amour sérieuse. Toutes ces responsabilités, c’était trop d’un coup. Cela m’a provoqué des angoisses avec des maux de ventre. » Philippe consulte un gastro-entérologue. Celui-ci ne voit rien à l’échographie et lui prescrit un anxiolytique pour gérer son stress. La situation se dégrade après la rupture avec son amie : dépression et agoraphobie. « Pendant plus de deux mois, je ne suis plus allé au travail. Je ne pouvais plus sortir tellement j’étais angoissé. J’avais le ventre complètement noué, des sueurs froides, une peur irrationnelle de voir du monde. Je n’osais même plus entrer dans un supermarché », explique-t-il. Ces crises sont violentes, apparaissent le plus souvent brutalement et sans raison apparente. Conséquence : la perte de contrôle de soi. « De retour à la maison, une fois l’angoisse
passée, tout mon corps se relâche et je suis épuisé. J’ai l’impression d’avoir couru un marathon. »

S’ensuivent plusieurs consultations auprès de divers psychiatres qui mettent enfin des noms sur ses souffrances : anxiété sociale, crise d’angoisse, attaque de panique et, même, hyperactivité. Il enchaîne les thérapies – notamment hypnose et relaxation –, toujours complétées de traitements médicamenteux. Il reprend son travail et remonte petit à petit la pente. « J’avais encore des crises, mais un peu moins souvent et un peu moins fortes », résume-t-il. Il arrive
même à reprendre l’avion, non sans difficultés. « Dès l’achat du billet, j’étais angoissé. Cela devenait de plus en plus fort à l’approche du départ. Finalement, j’ai pu partir grâce aux médicaments et j’ai apprécié mon séjour à New York. »

Epuisant physiquement
Une nouvelle rupture sentimentale le plonge de nouveau dans un mal-être profond et cinq mois d’incapacité de travail. Le moindre déplacement prend des allures de montagne infranchissable. « Tout d’un coup dans le tram, je perds le contrôle. Je panique, j’ai les mains moites, les jambes qui tremblent. J’ai l’impression que je vais perdre connaissance. » Il faut rentrer au plus vite pour soulager la crise. « Les gens ne se rendent pas compte à quel point c’est puissant au niveau physique, épuisant, dur de vivre avec. » Depuis un peu plus d’une année, il suit le programme Troubles anxieux des HUG et essaie, par l’approche cognitivo-comportementale, de modifier ses comportements et pensées. Par exemple prendre le tram pour un arrêt, puis deux, puis trois, pour finalement aller jusque chez son psychologue.

L’exercice est simple, mais il demeure toujours difficile pour Philippe qui a clairement identifié son domicile comme un îlot de sécurité. « Plus je m’éloigne de chez moi, plus je vais mal, car je sais que si une angoisse se déclenche, je vais mettre du temps à rentrer. » Grâce aussi aux médicaments, son état est aujourd’hui stabilisé. Il travaille et joue au football une fois par semaine, mais sa vie sociale demeure fortement perturbée. Philippe aimerait voir définitivement le bout du tunnel « Je ne baisse pas les bras et espère reprendre des activités simples comme aller faire une grillade ou passer une soirée avec des amis sans me dire que ces situations vont déclencher une spirale dans mon cerveau que je ne pourrai pas contrôler. »

Dernière mise à jour : 29/01/2019