Ça vole et ça pique : c’est grave ?

Explications 

Philippe Eigenmann Gambader pieds nus dans l’herbe… le bonheur. Mais attention aux abeilles, guêpes et frelons qui piquent. « Surtout si on y est allergique », met en garde le Pr Philippe Eigenmann, médecin adjoint agrégé responsable de l’unité d’allergologie pédiatrique.

 

Les piqûres d’abeilles ou de guêpes sont-elles dangereuses ?
En règle générale, non. Pour la plupart des gens, en fait 99,5% de la population, c’est anodin. La peau gonfle et ça picote un peu. C’est tout. En quelques heures, la réaction a disparu. Si tu as une peau sensible, l’inflammation peut être plus importante et durer plus longtemps. Par exemple, une piqûre au doigt peut enfler toute la main et atteindre son volume maximal 24 heures plus tard. Mais pas de panique ! Cela ne signifie pas que tu es allergique

Que faut-il faire quand on a été piqué ?
Si c’est une abeille, il faut enlever le dard en grattant la peau avec un ongle ou, mieux, demander à ta maman d’utiliser une carte de crédit pour le retirer. Les pincettes sont à éviter. Elles pourraient comprimer le sac de venin et le vider dans l’épiderme. Si c’est une guêpe, le dard ne reste pas planté. Et dans tous les cas, un peu de glace soulage la douleur et l’inflammation.

Illustration piqure

Pourquoi ça fait mal ?
A cause du venin injecté par l’insecte. Il contient de l’histamine*, une substance qui provoque douleurs et démangeaisons. Les abeilles, les guêpes ou les frelons – les spécialistes les appellent des hyménoptères – piquent toujours pour se défendre. Si tu les laisses tranquille, ils ne te font rien.

0.5% de la population est
allergique aux piqûres
d’abeille, de guêpe ou
de frelon.

Définition *
L'histamine est une substance naturelle, présente dans notre corps et relâchée en cas d'allergie aux piqûres d'abeilles, guêpes ou frelon. On la trouve aussi dans certains aliments. Elle est à l’origine des réactions allergiques.
Le médicament utilisé pour bloquer son action s’appelle un antihistaminique.

Quand faut-il s’inquiéter ?
Une piqûre d’hyménoptère est dangereuse si tu es allergique à leur venin. Mais c’est très rare. Cela ne concerne qu’environ cinq personnes sur mille. Dans cette situation, la réaction est spectaculaire. Au premier stade, une urticaire (plaques rouges) apparaît, généralement ailleurs qu’à l’endroit de la piqûre. On peut aussi observer un gonflement
du visage, des troubles digestifs, une gêne respiratoire, une crise d’asthme et, très rarement, un état de choc avec perte de connaissance. On appelle cela une réaction anaphylactique.

Que faut-il faire dans ce cas ?
 Si tu présentes ces symptômes, tu dois recevoir une injection d’adrénaline. Comme on n’a pas souvent une seringue avec ce médicament sous la main, il faut tout de suite appeler le 144, pour qu’une ambulance t’amène le plus vite possible à l’hôpital. En général, les réactions allergiques graves apparaissent dans la demi-heure qui suit l’injection du venin. Passé ce délai, les risques diminuent. Mais n’oublions pas que, chaque année en Suisse, deux à trois personnes décèdent des suites d’une piqûre d’hyménoptère.

Comment savoir si on est allergique ?
Avant d’avoir été piqué et fait une réaction, il est difficile de faire une prédiction fiable. En effet, une partie de la population réagit aux tests diagnostiques sans être allergique. Après une piqûre, le médecin se base sur les symptômes réels et des tests sanguins pour identifier le venin auquel la personne réagit. On est allergique au venin des abeilles ou à celui des guêpes et des frelons. Rarement les deux.

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Pour en savoir plus 

La désensibilisation, ça marche

Etre allergique c’est très embêtant. Il ne faut pas marcher pieds nus, faire très attention lors des pique-niques, etc. Heureusement, il existe une solution : la désensibilisation. Le principe est simple. Il s’agit d’accoutumer l’organisme au venin en lui administrant
des doses d’abord infimes, puis de plus en plus importantes. Jusqu’à ce qu’il supporte l’équivalent de deux piqûres d’abeilles ou de guêpes. En principe, la désensibilisation débute par une phase ultrarush. En seulement trois heures et demie et six injections (indolores), le corps devient tolérant au venin. Ensuite, il suffit d’administrer une dose de venin par mois pendant trois à cinq ans pour conserver cette tolérance. « Les désensibilisations sont efficaces dans 80% des cas. Et leurs effets sont durables », affirme le Pr Philippe Eigenmann, médecin adjoint agrégé responsable de l’unité d’allergologie pédiatrique.

Internet +

Aha ! Le Centre d’allergie suisse propose un site internet bien documenté sur la plupart des formes d’allergies. Les sections consacrées aux abeilles et aux guêpes sont particulièrement bien construites. Le site contient également une foule d’informations et de
conseils pratiques, ainsi que des liens sur des applications smartphones

www.aha.ch

Lire +

Les piqûres d'insectesLes piqûres d’insectes
Textes et illustrations : CHADU Chepe, 1996
Collection médecine pratique d’Iséo

Cet album joliment illustré rappelle quelques notions élémentaires sur les piqûres d'insectes, en particulier des abeilles, des guêpes et des frelons. En lisant les aventures d’Iséo et de ses amis Mathieu et Sophie, on apprend aussi ce qu’il faut faire pour les éviter. Et quand Mathieu se fait piquer par une abeille, Iséo, qui sait tout sur leur venin, nous enseigne comment prodiguer les premiers soins.

A lire aussi

« J’ai envie de comprendre les allergies »
De Suzy Soumaille et Philippe Eigenmann
Éditions Médecine et Hygiène, 2013

 

Le livre et le site sont conseillés par le Centre de documentation en santé qui met en prêt des ouvrages et se situe au CMU (av. de Champel 9) : T. 022 379 50 90,
> www.medecine.unige.ch/cds

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Dernière mise à jour : 01/10/2019