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Le blog du Service d'addictologie
Mis à jour : il y a 6 heures 39 min

Ne doute pas qu’en août

21 Août 2017 11:44

Pour moi, le doute est une manière d’être au monde. Une attitude que je crois saine face aux certitudes ; je devrais dire face aux préjugés. Pour citer Lacan, l’évidence du fait n’excuse pas qu’on le néglige. Cela veut dire que rien n’est acquis et que tout se questionne. Mais pourquoi faire, me direz-vous ?! Il y a un grand nombre d’expériences en psychologie qui montrent, d’une manière ou d’une autre, que nous ne sommes pas des êtres rationnels. Un exemple très classique est ce qu’on appelle le biais de confirmation. Wikipédia nous dit que le biais de confirmation désigne le biais cognitif qui consiste à privilégier les informations confirmant ses propres idées préconçues ou ses propres hypothèses sans considération pour la véracité de ces informations et à accorder moins de poids aux hypothèses en défaveur de nos convictions. En conséquence, nous ne sommes que très rarement objectifs. A fortiori lorsque le sujet est hautement émotionnel, comme par exemple nos a priori sur les toxicomanes :

  • Ce sont des êtres faibles, qui n’ont pas de volonté
  • Consommer, c’est quand même un choix
  • Ce sont des délinquants
  • ils sont dangereux
  • etc.

Ces a priori sont des préjugés et les données scientifiques nous montrent qu’ils ne tiennent pas la route.

Pour en revenir au biais de confirmation, voici une expérience assez éclairante :

Dans un article paru en 2003 [1], un psychologue de Yale a réalisé l’expérience suivante : lui et son équipe ont d’abord fait passer à des étudiants un questionnaire sur leurs convictions politiques afin de les classer en démocrates ou républicains. Ensuite, ils leur ont fait lire un texte sur la réforme de l’aide sociale. À la moitié d’entre eux, ils ont expliqué que ce texte était soutenu par le parti Démocrate et à l’autre moitié qu’il était soutenu par le parti républicain. Résultats, lorsque le texte était soutenu par le même parti qu’eux, les étudiants ont évalué ce texte comme excellent, alors que lorsqu’il était attribué à l’autre parti politique, ils l’ont évalué comme mauvais. (En fait, l’expérience était un poil plus compliquée… En effet, il y avait deux textes sur la réforme de l’aide sociale réellement présentés. Un assez « généreux » et un assez « strict ». Et bien malgré la différence de contenu, l’appartenance au groupe politique pour évaluer la qualité de cette réforme s’est avérée plus importante que le contenu des textes eux-mêmes…)

Je pourrais citer des dizaines d’expériences différentes… Je pourrais également citer plein d’autres biais tout aussi intéressants et tout aussi inquiétants concernant notre capacité ou plutôt notre incapacité à raisonner de manière rationnelle. D’ailleurs, si ça vous intéresse, vous pouvez taper dans un moteur de recherche « biais cognitifs », vous verrez, c’est passionnant !

Mais bref, tout ça pour dire que nous sommes tous victimes, de manière plus ou moins forte, de ces biais. Cela laisse songeur sur les débats politiques… Mais également sur nos propres opinions ! Ainsi, le doute est pour moi la seule attitude acceptable ! C’est la manière de reconnaitre ces biais et de questionner en permanence nos certitudes, nos opinions, afin de pouvoir décider de façon plus objective et non plus d’être guidé par des préjugés ou des a priori sans fondements. La certitude, dans le fond, permet de ne pas penser. Le doute, au contraire, questionne et ainsi permet d’avancer.

Pour aller un peu plus loin, je citerais deux grands statisticiens, Box et Draper, qui ont écrit : Tous les modèles sont faux, mais certains sont utiles. Qu’est-ce que cela veut dire ? Nous avons besoin au quotidien, et souvent inconsciemment, d’avoir des règles qui régissent le monde. Cela nous permet de le rendre prédictible et donc moins effrayant. Par exemple, je sais que le soleil va se lever tous les matins et que même s’il fait mauvais temps, je sais qu’il est là quelque part, derrière les nuages. Je sais aussi que je réagis toujours plus ou moins de la même manière lorsque quelqu’un entre dans le bus et s’arrête droit derrière l’entrée, rendant difficile l’entrée pour les suivants, alors qu’il y a plein de place au centre du bus. Indication : ça m’énerve… On pourrait appeler l’ensemble de ces règles des modèles de compréhension du monde. On peut y ajouter la gravitation, et plein d’autres choses encore. Ce que nous disent Box et Draper, c’est que ces modèles sont faux ! Ou disons plutôt, imprécis. Mais qu’ils sont utiles. Par exemple, dans ma vie de tous les jours, je postule que la terre est plate. Cela me permet de ne pas trébucher à chaque pas… Mais lorsque je suis au bord de la mer et que je vois un bateau disparaitre derrière l’horizon, je me dis : Ah mais oui, je suis bête, la terre est ronde ! Un autre exemple, la gravitation, justement. C’est un modèle très utile dans 99% des situations. Mais il reste 1% de phénomènes qu’elle ne permet pas d’expliquer, ce que fait par contre, la relativité d’Einstein. Nouveau modèle (enfin, plus trop nouveau maintenant, sachant que la relativité restreinte a été élaborée en 1905). Faux lui aussi, mais qui permet d’expliquer plus de situations différentes. Jusqu’à ce qu’un nouveau modèle, encore meilleur, mais toujours imparfait, vienne le remplacer. Ainsi, là encore, si je sais que les modèles que j’ai dans la tête sont faux, alors j’ai le droit de les remettre en question. À nouveau, l’attitude générale est celle du doute et non de la certitude. Le doute comme moyen de corriger ma théorie du monde pour la rendre plus performante. Corriger ou parfois même l’abandonner complètement ! Comme lorsque je pensais, il y a longtemps, qu’il existait différentes races humaines – vous savez, les noirs, les blancs, etc. – jusqu’à ce que je lise les travaux de généticiens [2] qui montrent clairement que la notion de race, en ce qui concerne les humains, n’a absolument aucun sens d’un point de vue génétique.

Allez, une dernière citation pour terminer : Rien n’est plus dangereux que la certitude d’avoir toujours raison ! François Jacob

Stéphane Rothen, psychologue adjoint au Service d’addictologie.

[1] Cohen (2003) : Party over policy: The dominating impact of group influence on political beliefs. Journal of Personality and Social Psychology, 85(5):808-22. https://ed.stanford.edu/sites/default/files/party_over_policy.pdf

[2] Jorde & Wooding (2004): Genetic variation, classification and ‘race’. Nature Genetics, 36: S28 – S33. http://www.nature.com/ng/journal/v36/n11s/full/ng1435.html

Quelques liens pour aller plus loin :

Réalisation :  Gerard Calzada

Production : Service d’addictologie – HUG

Projet : Thématisons ensemble

Coordination du projet : Fanny Barral

Remerciements à :
Stéphane Rothen
Psychologue adjoint au Service d’addictologie

© Copyright – Service d’addictologie HUG – 2017

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Gaming Disorder: le développement du diagnostic avance

21 Août 2017 09:50

Article du groupe de travail réuni par l’OMS afin de developper des diagnostics des addictions non-pharmacologiques (behavioral addictions). Il fait la revue des différents aspects sémiologiques, cliniques et épidémiologiques qui sont à considérer dans la définition de ce trouble.

Saunders et al.

Gaming disorder: Its delineation as an important condition for diagnosis, management, and prevention Télécharger le PDF

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Augmentation significative de la consommation d’alcool aux USA entre 2002 et 2013

18 Août 2017 16:40

Une étude épidémiologique aux USA sur plus de 70’000 sujets de plus de 18 ans comparant la consommation d’alcool sur les 12 derniers mois, la consommation d’alcool à risque et la présence d’un trouble lié à la consommation d’alcool selon les critères DSM-IV entre 2002 et 2013 montre une augmentation importante de 11.2% pour la consommation d’alcool (72.7 % de personne qui consomment au total), de 29.9% de la consommation à risque (12.7% au total) et de 49.4% pour la présence d’un trouble lié à la consommation d’alcool selon les critères DSM-IV 1(2.6% au total). Les auteurs s’alarment de ses chiffres et parlent d’une crise de santé publique. Ils pensent que le fait d’avoir mis le focus sur les consommations à prévalence beaucoup moins élevée (comme le cannabis et les opiacés) a partiellement occulté cette réalité.

Prevalence of 12-Month Alcohol Use, High-Risk Drinking, and DSM-IV Alcohol Use Disorder in the United States, 2001-2002 to 2012-2013 Results From the National Epidemiologic Survey on Alcohol and Related Conditions

Bridget F. Grant, ; S. Patricia Chou, ; Tulshi D. Saha, ; et al, JAMA 2017

Vers l'article original du JAMA

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Deux tiers des Suisses favorables à une légalisation du cannabis

17 Août 2017 14:10

Dans une étude réalisée par le Fachverband Sucht, le pendant alémanique du Groupement romand d’étude des addictions, 66% des personnes interrogées sont favorables à un assouplissement de la loi sur le cannabis

Deux tiers des Suisses favorables à une légalisation du cannabis

Cynthia Racine

17.08.2017

Vers l'article de la RTS

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Les 6 chansons sur l’héroïne

7 Août 2017 07:00

chansons sur l'héroïne 6
A little heroin song

(Billy Idol)

5
Heroin

(The Tiger Lillies)

4
My lady heroine

(Serge Gainsbourg)

3
King heroin

(James Brown)

2
Brown sugar

(Rolling Stones)

1 Heroin

(Peder)

 Quels autres chansons ajouteriez-vous ?

Proposez d’autres chansons sur l’héroïne :

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Le mois du doute

3 Août 2017 16:32
Le mois du doute

Dans le cadre du projet thématisons ensemble, nous aborderont le thème du doute pendant le mois d’août.

  • Une interview à Stéphane Rothen, psychologue adjoint du Service d’addictologie, sur le doute sera publié dans les jours qui viennent.
  • Un article sur la place du doute en psychothérapie a été proposé par Gerard Calzada.

En espérant que ce programme estival vous convient, n’hésitez pas à proposer des idées et des nouvelles actions pour animer notre projet « Thématisons ensemble ».

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Le doute en psychothérapie

3 Août 2017 16:23

Qu’est-ce que le doute ?

Selon le dictionnaire Le Trésor de la Langue Française informatisé (2013), le doute est défini comme un état d’incertitude de l’esprit et mettre en doute comme une contestation de la vérité ou la réalité d’une proposition ou d’une chose. Le doute possède bien d’autres sens selon la spécialité.

Cette réflexion est basée sur le doute qui permet de critiquer nos croyances et remettre en question nos “vérités“. Sur ce sujet, B. Legrand, psychothérapeute de couple contemporaine, fait une différence entre un doute constructeur et un doute destructeur : « douter peut également procéder d’un désir et d’une volonté de questionner, au sens de remettre en question. Je lui associe une idée de mouvement, contrairement à la paralysie et à l’impuissance qui accompagnent le doute destructeur » (Legrand, 2007, p.24).

Comme Socrate disait : « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien ». Ce doute socratique est le doute constructeur auquel Legrand fait référence, le doute qui permet de réfléchir et d’aller plus loin dans son raisonnement.

La maïeutique socratique, archétype de la psychothérapie ?

Socrate (469-399 av. J.-C.), le “père de la philosophie“, serait le premier à consacrer la réflexion philosophique aux affaires humaines (Dorion, 2004). « L’essentiel de son enseignement porte sur la “connaissance de l’homme“ et à partir d’une expérience personnelle, il prend pour devise celle du temple de Delphes “Gnôthi séauton“ ou “Connais-toi toi-même“, sorte d’exhortation à nous observer nous-même en solitaires afin de nous libérer des préjugés et des illusions du faux savoir, nous forcer à prendre conscience de la prison qui est en nous, et nous rendre capables d’accéder à la vérité » (Patte, 2009, p.22).

Pour permettre à l’autre d’accéder à cette “vérité“, il développe la Maïeutique, l’art de “faire accoucher les esprits“ de leurs connaissances. Cette technique consiste à bien interroger une personne pour lui faire exprimer (accoucher) un savoir qu’elle ignore exister. Pour réussir à faire exprimer les savoirs, Socrate se disait lui-même ignorant. Ainsi, il ne répondait pas aux questions et se plaçait dans la position de celui qui interroge (Dorion, 2004, pp. 43-45).

Ce positionnement permettait d’engager les interlocuteurs à faire par eux-mêmes la recherche de la connaissance. Il me semble que Socrate possède l’art de guider l’interlocuteur “ignorant“ sur le chemin du “vrai“ par des questions habiles, en l’obligeant à reconnaître son ignorance et à “faire sortir“ par l’analyse des notions et la remise en doute, les vérités qu’il possède en lui.

La méthode socratique a été une source d’inspiration des approches psychothérapeutiques d’aujourd’hui. R. D. Chessick (1982) publie un article où il met en avant les similitudes entre la méthode socratique et la méthode psychothérapeutique. Selon lui, cette méthode maïeutique de Socrate est certainement la première pratique de la psychothérapie individuelle intensive ; Socrate rencontre et engage un individu dans une tentative de permettre à l’individu de se pencher sur lui-même. Ainsi, le questionnement permet de s’approcher des certitudes des patients et de les remettre en question.

Dans l’approche psychanalytique, on retrouve un lien entre la maïeutique de Socrate et Lacan. J. van Rillaer (1980) écrit que Lacan a proclamé : « Socrate est le précurseur de l’analyse (1966 :825) ». Le questionnement d’inspiration socratique dans l’approche psychanalytique cherche les idées qui se trouvent déjà chez l’analysé et qui sont un ressouvenir d’un contenu latent dans l’inconscient dans le but de les amener au conscient.

Dans l’approche cognitiviste, la méthode socratique est utilisée pour faire prendre conscience au patient du caractère dysfonctionnel, illogique et déficitaire des principes cachés qui régissent sa conduite. Dit autrement, le questionnement socratique permet de semer le doute thérapeutique dans les croyances rigides d’un patient. Les questions pourraient être : Est-ce bien le cas ? Peut-on le voir autrement ? Estce si grave ? Le procédé de base de la méthode socratique réside dans l’utilisation d’une séquence de questions prévues pour guider l’écoulement du dialogue, ce qui permet une restructuration cognitive vers des pensées plus fonctionnelles (Overholser, 2010).

Dans l’approche systémique, la thérapie évolue en trois temps : l’évaluation, l’introduction du doute et le changement comportemental. Le questionnement circulaire et les recadrages serviront à introduire des doutes chez les patients tandis que les prescriptions de tâches pourront être utilisées afin de changer des comportements. L’approche systémique utilise aussi la méthode du questionnement socratique mais applique cette méthode aux relations interpersonnelles. Le questionnement systémique permet d’élargir la vision des problèmes en portant attention aux interactions et au contexte d’apparition des troubles autant qu’aux troubles eux-mêmes (Balas, 2008).

Comme vous pouvez constater, certaines des approches psychothérapeutiques d’aujourd’hui sont inspirées de la méthode socratique et le doute peut être considérer un bon ingrédient dans la psychothérapie.

Personnellement, je pense que le doute a toute sa place dans la relation thérapeutique et qu’il devrait être promu par le thérapeute qui, à son tour, devrait accepter d’être remis en question par le patient. Ceci faciliterait une co-évolution et une “co-découverte“ des nouveaux possibles. A mon avis, la remise en question apportée par le doute est indispensable pour s’améliorer dans une pratique psychothérapeutique indépendamment de l’approche utilisée.

Pour cela, il me semble que les vertus du doute pour le patient et le thérapeute devraient être plus activement mis en avant dans l’enseignement de futurs psychiatres-psychothérapeutes.

 

Gerard Calzada

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