Recherche pédagogique

Le service d'enseignement thérapeutique pour maladies chroniques développe deux programmes de recherche pluridisciplinaire dans le domaine de la mesure physiologique et de la formation des soignants. Il développe également une nouvelle approche pédagogique pour améliorer le traitement des patients diabétiques.

Rémission du diabète de type 2

Protocole en cours: Effet d'un nouveau programme d'éducation thérapeutique sur la rémission du diabète de type 2.

Résumé

But du projet : Evaluer l’effet d’une Education Thérapeutique du Patient (ETP) prenant en compte 5 dimensions de la personne sur une éventuelle rémission du diabète de type 2 (DT2). Il s’agit d’une étude randomisée avec groupes contrôles.

Etat de l’Art : Le DT2 est lié à une faible sensibilité à l’insuline (acquise au cours du temps). Il est possible d’améliorer cette dernière en modifiant l’alimentation, en perdant du poids, en diminuant le stress et en améliorant sa condition physique1,2,3. Pour le DT2, les publications scientifiques récentes font état de cette possible « réversibilité » ou « rémission » 3,4.

Nombre de patients : 20 patients diabétiques de type 2 non insulino-requérants comparés à un groupe contrôle de 10 patients diabétiques vus en hospitalier et un groupe contrôle de 10 patients diabétiques vus en cabinet de diabétologue en ville.

Etat des connaissances

Le DT2 est devenu un problème de santé publique majeur à l’échelle mondiale. En effet, chaque année, on assiste à une augmentation de sa prévalence. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, plus de 300 millions de sujets souffrent actuellement du DT2 dans le monde, sa prévalence augmente chez les adultes mais également chez les enfants5. Le DT2 est principalement dû à une augmentation de la résistance à l’insuline et une déficience, au moins relative, de l’insulino-sécrétion. Le DT2 est un facteur de risque de multiples pathologies graves, telles que les maladies micro- et macro-vasculaires6-10. Les principaux facteurs modifiables en lien avec la résistance à l’insuline et le diabète sont le niveau d’activité physique, la qualité de la diète et le poids corporel.

Les effets bénéfiques des changements de comportement, remise à l’activité physique (AP) et modifications de l’alimentation ont été bien établis sur les co-morbidités liées au diabète de type 211-13. Par contre, rares sont dans la littérature actuelle les programmes qui prennent en considération globalement et sur le long terme les aspects psychosociaux, les conceptions explicites et implicites du patient diabétique de type 2, les émotions du patients, le sens que ces changements prennent chez lui, ainsi que la dimension des perceptions corporelles, sensations digestives ou ressentis corporels durant l’AP14.

Un nouveau programme d’éducation thérapeutique a été mis en place et testé dans notre service pour accompagner efficacement les patients diabétiques de type 1 à améliorer leurs connaissances, compétences et motivation à se traiter, ce qui s’est notamment traduit par une nette amélioration de leur contrôle glycémique15. Une telle approche se justifie aussi pour les patients diabétiques de type 2, au vu de leurs grandes difficultés de motivation à changer de comportements de santé.

Justification et importance du projet

La motivation des patients diabétiques de type 2 à modifier leur alimentation et pratiquer de l’activité physique régulièrement et sur le long terme est un facteur clé de leur santé biologique, psychologique et sociale. L’annonce aux patients de la possibilité éventuelle d’une rémission du DT2, combinée avec un accompagnement de type ETP dans la durée est susceptible de les motiver à apprendre et changer ces comportements. Les effets bénéfiques attendus comprennent l’amélioration du contrôle glycémique, la diminution des risques de complications du DT2, et éventuellement l’entrée en rémission du diabète.

 Un nouveau programme d’éducation thérapeutique complexe et structuré est proposé. Il comprend l’implication interdisciplinaire de plusieurs soignants du service. Les enseignements proposés aux patients consistent en ateliers sur 5 dimensions de la personne (cognitif, affectif, perceptif, infra-cognitif et méta-cognitif)16. L’idée est de susciter l’engagement du patient dans des démarches actives d’apprentissage et de l’accompagner dans la mise en place de ces changements adaptés à sa vie quotidienne.

Références

  1. Kang J, Robertson RJ, Hagberg JM et al. Effect of exercise intensity on glucose and insulin metabolism in obese individuals and obese NIDDM patients. Diabetes Care, 1996, 19, 341-9.
  2. Kennedy JW, Hirshman MF, Gervino EV, Ocel JV, Forse RA, Hoenig SJ, Aronson D, Goodyear LJ, and Horton ES. Acute exercise induces GLUT4 translocation in skeletal muscle of normal human subjects and subjects with type 2 diabetes. Diabetes, 1999, 48, 1192–7.
  3. Lim EL, Hollingsworth KG, Aribisala BS, Chen MJ, Mathers JC, Taylor R. Reversal of type 2 diabetes: normalisation of beta cell function in association with decreased pancreas and liver triacylglycerol.Diabetologia, 2011, 54(10), 2506-14.
  4. Yki-Järvinen H. Type 2 diabetes: remission in just a week. Diabetologia, 2011, Oct, 54(10), 2477-9.
  5. World Health Organisation, “Diabetes”, WHO Fact sheet N°312, November 2009.      
  6. Ferrannini E, Haffner SM, Mitchell BD, Stern MP. Hyperinsulinaemia: the key feature of a cardiovascular and metabolic syndrome. Diabetologia 1991; 34: 416-422.
  7. McLaughlin T, Allison G, Abbasi F, Lamendola C, Reaven G. Prevalence of insulin resistance and associated cardiovascular disease risk factors among normal weight, overweight, and obese individuals. Metabolism 2004; 53: 495-499.
  8. McLaughlin T, Abbasi F, Lamendola C, Reaven G. Heterogeneity in the prevalence of risk factors for cardiovascular disease and type 2 diabetes mellitus in obese individuals: effect of differences in insulin sensitivity. Arch Intern Med 2007; 167: 642-648.
  9. Bonora E, Kiechl S, Willeit J, Oberhollenzer F, Egger G, Targher G, et al. Prevalence of insulin resistance in metabolic disorders: the Bruneck Study. Diabetes 1998; 47: 1643-1649.
  10. Bonora E, Kiechl S, Willeit J et al. Insulin resistance as estimated by homeostasis model assessment predicts incident symptomatic cardiovascular disease in caucasian subjects from the general population: the Bruneck study. Diabetes Care 2007; 30: 318-324.
  11. Balkau B, Mhamdi L, Oppert J-M, Nolan J, Golay A, Porcellati F, Laakso M, Ferrannini E. Physical activity and insulin sensitivity: the RISC study. Diabetes. 2008 October ; 57(10): 2613–2618. doi:10.2337/db07-1605.
  12. Fritz T, Kramer D K, Karlsson H K R, Galuska D, Engfeldt P, Zierath J R, Krook A. Low-intensity exercise increases skeletal muscle protein expression of PPARδ and UCP3 in type 2 diabetic patients. Diabetes Metab Res Rev 2006; 22: 492–498.
  13. Ekelund U, Brage S, Griffin SJ, Wareham NJ. Objectively Measured Moderate- and Vigorous-Intensity Physical Activity but Not Sedentary Time Predicts Insulin Resistance in High-Risk Individuals. Diabetes Care, 2009 June, 32: 6, 1081-1086.
  14. Conn VS, Hafdahl AR et al. Meta-analysis of patient education interventions to increase physical activity among chronically ill adults. Pat Educ and Couns, 2008, 70: 157–72.
  15. Lagger G, Golay A. A 5 dimension therapeutic patient education for type 1 diabetic patients. Educ Ther Patient/Ther Patient Educ 2010; 2(2): S117-S124.
  16. Golay A, Lagger G, Giordan A. Comment motiver le patient à changer ? Paris: Maloine; 2010.

La formation des soignants et "l'empowerment"

L’éducation thérapeutique du patient est aujourd’hui reconnue comme pratique essentielle par la médecine officielle, notamment pour aider les patients à adapter certains comportements.

Elle représente également une source de motivation supplémentaire pour les soignants. Leur formation se fait notamment lors de programmes de formation continue. Ce qui semble leur manquer, selon les dires des soignants eux-mêmes, ce sont des compétences dans l’aide au changement d’attitudes et de comportements des patients...

En savoir plus sur la formation des soignants et l'empowerment

 

Une nouvelle approche pédagogique pour améliorer le traitement des patients diabétiques

Une personne atteinte de diabète qui contrôle bien sa maladie peut voir son équilibre glycémique (taux de sucre dans le sang) rester dans des valeurs physiologiques compatibles durablement avec une bonne santé et éviter des complications. Un enseignement thérapeutique adapté a permis l’apprentissage par le patient des contrôles glycémiques (auto-contrôles). Néanmoins, bien que les patients possèdent les connaissances et les compétences nécessaires, nombre d'entre eux ne les appliquent pas toujours, ceci pour des raisons psycho-pédagogiques.

Le cheminement pédagogique proposé par le service de l'enseignement thérapeutique pour maladies chroniques consiste à aider le patient à prendre conscience de ses ressentis durant les hyperglycémies et même à évaluer les glycémies avant même de les mesurer. Valeurs et ressentis sont immédiatement corrélés avec l'auto-mesure, ce qui permet de valider les perceptions du patient. Les patients entraînés à cette démarche et qui arrivent à évaluer leurs glycémies, sont nommés "patients sentinelles". Ils développent la capacité à ressentir les signaux fins de leurs corps, à trouver des mots pour exprimer leurs souffrances. De plus, la relation avec le soignant devient privilégiée. Ils ne sont plus jugés ou ne se sentent plus jugés selon leur niveau de résultats glycémiques.
 
Ces patients sont accompagnés pour dénouer leurs souffrances mais aussi pour permettre de mettre en place une réponse consciente d’auto-contrôle en vue de meilleures glycémies plus compatibles avec une bonne santé durable. Tout en s'inscrivant en parfaite adéquation avec notre enseignement thérapeutique pour les patients diabétiques, l'expérience "patient sentinelle" permet en plus au soignant de nouer une relation de co-responsabilité dans le choix de son traitement. Le patient devient aussi co-auteur de son apprentissage par l'écoute de ses ressentis. Il peut utiliser l'auto-contrôle glycémique comme un outil pédagogique. Le patient peut exprimer des éléments de son quotidien en lien avec ses variations pathologiques de glycémie et, ceci, au travers de ses croyances de santé.

Etat de la recherche

L'amélioration de l'état de santé des patients grâce à ces démarches a été spectaculaire dans les études préliminaires effectuées dans notre service.
Cette nouvelle approche pédagogique devrait améliorer grandement la qualité de vie, ainsi que la précision des auto-contrôles et du traitement en regard d’une meilleure écoute du patient par le soignant mais, surtout, par le patient lui-même.