Un espace urbain serein ! Un rôle citoyen malin ! Des voisins et des ... soins !!

par Rachel Spichiger, Christel Ding et Gerard Calzada

Projet présenté lors de la 15ème Journée Qualité 2013 des HUG.

Poster "Un espace urbain serein ! Un rôle citoyen malin ! Des voisins et des... soins !"(pdf) 


Dans un contexte de déménagement de la Consultation Navigation vers le CAAP Arve du Service d’Addictologie du DSMP et de l’aménagement d’une partie de l’espace publique extérieur, nous souhaitons proposer un projet qui permette d’améliorer l’accessibilité aux soins pour les patients accompagnés de leur chien.

Suite aux observations cliniques de ce type de population, nous avons constaté de la difficulté à pouvoir s’impliquer dans les soins en lien avec un sentiment d’abandon de leur animal, des signes d’anxiété et de refus de soins immédiats (soins des plaies, vaccinations, entretiens thérapeutiques…).

La crainte de rompre ce lien unique avec l’animal entraine régulièrement des refus d’hospitalisations indispensables voir vitales dans certaines situations[1].

Pour quoi ?

  1. Nos patients ont des difficultés à accéder aux soins. La peur de voir leur chien disparaître pendant leur passage à la Consultation contribue à diminuer le temps d’engagement dans les soins tel qu’un refus d’entretien ou encore de soins somatique.
  2. Nos patients manquent d’alternatives sécurisantes. Nos patients n’ont souvent pas de logement ni de réseau social. Cela implique qu’ils amènent leur chien « partout » dans le but de préserver le lien mutuel entre le chien et son maître et leur besoin d’être accompagnés. Ils sont contraints de laisser leurs animaux sur le trottoir sans surveillance.
  3. Nos patients accumulent des plaintes. Les nuisances provoquées par leur chiens rendent difficiles les bonnes relations avec le voisinage et impliquent des contraintes inutiles pour accéder aux soins.
  4. Nos patients ayant une addiction et un animal de compagnie sont doublement stigmatisés. Leur comportement lié à leur problématique addictive génère une incompréhension au sein de notre société. Ce jugement est renforcé par la croyance qu’ils sont incapables de s’occuper d’eux et par la même de leurs animaux.
  5. Nos patients connaissent des ruptures récurrentes / déceptions dans leurs relations sociales. Souvent l’animal de compagnie est leur seul lien non-contractuel (deal, juge, police, contrat de soins…).

Comment améliorer l’accessibilité aux soins de ces patients ?

Nous avons mis en place la construction de trois niches sécurisées correspondant aux normes hygiéniques avalisées par le Service du Vétérinaire Cantonal situées à l’entrée du CAAP Arve. Chaque patient propriétaire de chien vient avec son propre cadenas. Il met son chien en sécurité et accède aux soins sans le souci de laisser son animal seul sur le trottoir. Afin de renforcer/créer un lien thérapeutique et de rendre actif les patients dans l’entretien des niches, nous allons organiser un groupe de travail qui aura lieu 2 fois par mois (4 heures).

Solutions attendues

  1. Améliorer l’accessibilité et l’engagement dans les soins. La présence de niches permettra d’augmenter le temps de présence des patients propriétaires de chiens afin d’optimiser la qualité des soins telle que entretiens, prévention, soins somatiques, réduction des risques. De considérer le lien entre le patient et leur chien comme quelque chose d’indispensable permet de promouvoir le lien thérapeutique.
  2. Diminuer l’anxiété liée au risque de perte de leur animal. Les niches sont fermées par les propriétaires avec leur propre cadenas ce qui diminue le risque de se faire voler leur chien.
  3. Favoriser l’intégration dans le quartier et optimiser le rôle citoyen. En créant un aménagement extérieur adéquat et hygiénique pour les chiens, nous diminuerons les nuisances dans le quartier[2]. Les niches sont intégrées dans le nouvel aménagement de l’espace publique.
  4. Valoriser leurs compétences à prendre soins de leur chien. La bonne utilisation des niches mises à disposition ainsi que la participation active au groupe de travail bimensuel est l’occasion pour les patients de montrer/ développer leurs compétences et d’échanger des informations autour de l’entretien et des soins de leur animal.
  5. Permettre de retrouver une fonction d’« utilité » et de lutter contre l’isolement social. La relation entre l’animal et le maître permet aux patients d’exercer leurs compétences sociales et de se sentir utiles dans cette relation privilégiée, ce qui n’est pas toujours le cas dans d’autres relations avec les humains. L’attachement réciproque de la dyade maître-animal fait écho au principe de la théorie de l’attachement de John Bowlby (psychiatre-psychanalyste anglais 1907-1990). Enfin, « Le chien ouvre l’appétit social »[3].

Conclusions

Le but de ce projet est d’améliorer l’accessibilité aux soins tout en luttant contre l’isolement social et en validant l’identité et le lien des patients propriétaires de chiens. Cette problématique se retrouve dans d’autres services de soins (ex précarité, personnes âgées…). C’est aussi un moyen d’accueillir une partie de l’Hôpital cantonal universitaire de Genève dans un quartier populaire en faisant de notre clientèle un partenaire actif au sein de la communauté.

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[1] J. Bowlby, Théorie de l’attachement
[2] La Loi sur les chiens en vigueur depuis le 30.08.2011 et votée par le Grand Conseil qui a pour but de « garantir leur santé et leur bien-être conformément au droit fédéral, d’assurer la sécurité, la salubrité et la tranquillité publique » (Art.1), stipule que « tout détenteur de chien doit prendre les précautions nécessaires pour que celui-ci ne trouble pas la tranquillité publique par ses aboiements ou ses hurlements ». (Art 20)
[3] Conférence SHARRE 2012, organisée par Rachel Lehotkay aux HUG.